Théorie ADS , ressentis de la période de travail dans les Unités de Soins - Caractéristiques du ressenti "normal" d'une période de travail

Résumé : Au coeur des Sciences Humaines, donc aussi des Sciences de Gestion, se situe l’autonomie d’action des Hommes. La conduite des organisations est par essence la régulation des sphères d’autonomie des hommes au travail, c’est-à-dire la gestion de leurs dépendances. L’autonomie est une notion qui hante la pensée philosophique européenne depuis des siècles. L’idée commune est qu’il s’agit de la capacité de régir sa vie selon ses propres lois, permettant une libre disposition de soi. La réflexion sur l’autonomie connaîtra un essor dans le courant de la seconde moitié du XXème siècle grâce à des scientifiques travaillant dans le domaine de la physique (Von Neuman, Weiner, Prigogine…), de la biologie ou des sciences médicales (Vendryes, Varela, Lorigny, Miermont, …), ou de la philosophie (E. Morin). L’ensemble de ces réflexions aboutira concrètement, par exemple, à la modélisation et la simulation multi-agents en informatique (SMA), puis à l’architecture d’agents BDI (Belief-Desire-Intention) utilisé en stratégie militaire. En Sciences de Gestion, le concept d’autonomie ne semble pas central : étrangement, il n’apparaît guère ou que très rarement dans les listes des mots clés ou dans les encyclopédies classiques. Pourtant, la variation d’autonomie des individus au travail fait surgir les dépendances à autrui, dépendances qui peuvent prendre de multiples formes. Les concepts d’autonomie et de dépendance, leur modélisation globale formelle sont en réalité très puissants pour expliquer l’existence et les formes des organisations. Il est vrai que l’autonomie demeure un concept flou, et donc a priori peu directement opérationnel dans les sciences de l’action. Notre objectif est de contribuer à la clarification de ce concept et d’étudier ses liaisons avec ceux de dépendance et de stratégie. Nous proposons de déplacer le paradigme de l’autonomie de l’individu global, apanage des réflexions philosophiques comme nous l’avons vu plus haut, aux actes envisagés vis-à-vis d’un objectif : ce n’est pas l’individu qui est autonome, mais ce sont ses actes concrets. Dans la plupart des situations sociales, une variation du volume d’autonomie induit des réactions positives ou négatives d’autrui, réactions que l’individu est contraint de prendre en compte : il est dépendant de ces réactions probables. Ici surgit le concept de stratégie(s). L’acte est donc la cellule de base à étudier : quelles sont les conditions d’exécution à un instant t ? Deux préalables apparaissent fondamentalement : l’acceptation par l’individu (ou groupe homogène), et son pouvoir de réalisation. La première est liée à son système culturel, l’autre à la capacité d’utilisation de moyens matériels à sa disposition en cet instant. La théorie « Autonomie/Dépendance/Stratégie » (ADS) modélise l’autonomie, puis la dépendance, et en tire des règles de stratégies (coopération, alliance, évitement, …), que nous appliquerons aux relations soignés – soignants. Les fondements ont été présentés à CALASS 2008. L’étape suivante fut d’analyser les confrontations des niveaux d’autonomie entre deux groupes humains (la dépendance), par exemple entre un soigné et un soignant (CALASS 2009). Puis nous avons étudié la dialectique entre le système de valeurs et le système de moyens (CALASS 2010): quels sont les impacts d’une modification du système des moyens (pouvoirs) sur celui des valeurs culturelles, et réciproquement ? Nous avons ensuite approfondi l’analyse des systèmes culturels (CALASS 2011, 2012). Cela nous a conduits à distinguer radicalement le concept de valeur culturelle de celui de jugement, généralement confondus dans la littérature et dans les définitions encyclopédiques. Puis nous avons montré des développements et les applications de la théorie A/D/S selon trois directions (CALASS 2014) : 1- le statut de la « connaissance » au sein de cette théorie : la connaissance apparaît comme « l’arc électromagnétique » entre les deux systèmes, support de la dialectique étudiée plus haut. 2-l’étude de situations extrêmes : nous avons montré quelles sont les conditions pour qu’un processus suicidaire apparaisse, et quelles seraient les stratégies à mener pour rompre ce processus. 3-Enfin, vis à vis d’un(e) projet /objectif / mission / politique, nous avons démontré quel est le spectre des comportements possibles, et ce selon quelles probabilités. Lors de CALASS 2015, nous avons exposé de nouvelles applications : l’évolution des comportements des soignants selon l’environnement (est-ce le système de valeurs qui s’est transformé, ou les degrés d’importance de ces valeurs, ou bien les jugements sur les actes de soins à effectuer ?) ; l’effet de la modification de l’organisation et celui des rendements ; l’impact des niveaux de dépendance des patients sur les relations soignés-soignants. Lors de CALASS 2016, nous avons présenté des résultats de nouvelles recherches liées à la théorie ADS : elles concernaient la clarification puis la mesure des “charges mentales” et “des ressentis” de la période de travail des agents dans les unités de soins hospitaliers. Nous avons démontré que les premières sont les conséquences des systèmes culturels des soignants, et que les seconds émanent des jugements sur les actes de soins à effectuer. CALASS 2017 : nous avions déjà remarqué statistiquement que les ressentis des soignants durant leur période de travail suivaient des lois strictes. Ces ressentis étaient fonction de la variation des charges de travail directs (et non pas du volume de travail), et les passages d’un ressenti « normal » à un ressenti « lourd » ou « léger » étaient tranchés. Cela nécessite une analyse détaillée de ce que les agents de soins dénomment “ressenti normal”, ressenti de référence souvent implicite. En prolongement de la théorie ADS, nous tenterons de démontrer les conditions théoriques d’une situation “normale”. Puis nous montrerons les tests de terrain effectués (40 agents de soins et leurs 350 patients suivis). La théorie ADS reflète-elle correctement le réel ? De là, dans le cas d’une situation considérée non-normale “alourdies” ou “allégée”, quelles actions mener pour adapter les ressources humaines et matérielles, voire le système organisationnel, afin de répondre aux besoins de soins des patients.
Document type :
Conference papers
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Contributor : Frédérique Quidu <>
Submitted on : Monday, July 22, 2019 - 11:52:06 AM
Last modification on : Wednesday, July 24, 2019 - 11:18:50 AM

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  • HAL Id : hal-02190245, version 1

Citation

J-P Escaffre, Frédérique Quidu, M Personnic, M Ezan, A-C Forget, et al.. Théorie ADS , ressentis de la période de travail dans les Unités de Soins - Caractéristiques du ressenti "normal" d'une période de travail. CALASS 2017, Sep 2017, Liège, France. ⟨hal-02190245⟩

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